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Les CCN collaborent à un forum national sur l’éradication de la tuberculose dans les collectivités autochtones du Nord

Catégories: Conférences / événements,santé Autochtones,CCNSA,CCNDS,CCNPPS,CCNMI,Déterminants sociaux de la santé

De gauche à droite : Dianne Oickle (CCNDS), Val Morrison (CCNPPS), Shivoan Balakumar (CCNMI), Roberta Stout (CCNSA), Donna Atkinson (CCNSA), Margaret Haworth-Brockman (CCNMI)

La tuberculose affecte de manière disproportionnée les populations autochtones du Nord du Canada

La tuberculose constitue un fardeau lourd à porter pour les collectivités autochtones en raison des pertes de vie et des épreuves importantes causées par cette maladie infectieuse. Les facteurs socio-environnementaux comme la pauvreté, l’insécurité alimentaire et les logements surpeuplés exacerbent la maladie. La tuberculose fleurit en outre au contact d’autres problèmes de santé, comme le VIH/sida et le diabète. Ces maladies, dont les causes croisent plusieurs déterminants sociaux de la santé à la fois, affectent également de manière disproportionnée les populations autochtones. On ne peut pas non plus traiter de la tuberculose qui ravage les collectivités autochtones sans souligner les contextes de colonisation et de traumatisme intergénérationnel en découlant. L’histoire est marquée par les nombreux cas de déracinement d’enfants et d’adultes aux fins de traitement dans des établissements de soins dirigés par des Non-Autochtones. La situation a engendré le désespoir, l’isolement et la perturbation des familles pendant des générations.

Dans l’ensemble, l’incidence de la tuberculose a diminué au sein des collectivités autochtones au cours des dernières décennies. Cependant, ces populations enregistrent des taux encore anormalement élevés comparativement aux populations du reste du Canada. Un rapport[1] paru récemment fait état des statistiques suivantes : « En 2015, […], le taux d’incidence parmi les Métis (2,2 cas pour 100 000 habitants) était près de quatre fois plus élevé, et le taux d’incidence chez les membres des Premières nations (15,1 cas pour 100 000 habitants) était 25 fois plus élevé. Le taux d’incidence le plus élevé de tous les groupes d’origine a été observé chez les Inuits, à raison de 166,2 cas pour 100 000 habitants, soit un taux qui était plus de 270 fois plus élevé que le taux pour l’ensemble des non-Autochtones nés au Canada […]. » Qui plus est, il y a eu un ralentissement dans la progression pour éradiquer la maladie au cours des dernières années.

Les CCN organisent un forum national afin d’étudier les partenariats et les stratégies possibles pour éradiquer la tuberculose

Les consultations et les plans réalisés dans les régions sanitaires du Nord ont fait ressortir la grande nécessité de mobiliser les représentants des collectivités, les médecins cliniciens et les planificateurs de la santé publique. C’est ainsi que le CCN des maladies infectieuses (CCNMI) a organisé, avec l’appui des CCN de la santé autochtone (CCNSA), des déterminants de la santé (CCNDS) et sur les politiques publiques et la santé (CCNPPS), une rencontre sur place afin de mieux saisir le contexte historique des Autochtones et l’expérience vécue par les personnes affectées et touchées par la tuberculose, et d’étudier les activités collaboratives susceptibles de mettre un terme à la tuberculose dans le Nord canadien. Le forum tenu sur le thème de la marche vers l’éradication de la tuberculose dans les collectivités autochtones du Nord s’est déroulé les 31 janvier et 1er février 2018 sur le territoire du traité no 1, c’est-à-dire le territoire ancestral des peuples anishinabé, cri, saulteux-cri, dakota et déné et la terre de la nation Métis (Winnipeg, Manitoba). Il a réuni des intervenants autochtones et non autochtones qui luttent contre la tuberculose dans les Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut, dans le nord de la Colombie-Britannique, en Saskatchewan, au Manitoba, dans le nord du Québec et à Terre-Neuve-Labrador.

L’organisatrice Shivoan Balakumar, principale responsable de projet au CCNMI, a commenté l’importance de l’activité comme suit :

« Le forum a donné l’occasion de faire entendre la voix et le vécu des membres des collectivités autochtones et des organismes de santé dans un même endroit réunissant des praticiens, des décideurs et des chercheurs… ce qui se révèle absolument essentiel puisque les iniquités systémiques vécues par les populations autochtones sont étroitement liées aux taux et aux conséquences de la tuberculose dans les collectivités du Nord. » [Traduction libre]

Les solutions résident dans l’élimination des causes profondes et l’établissement de partenariats authentiques avec les collectivités autochtones du Nord

Le forum a débuté par la récitation de prières prononcées par trois Aînés provenant respectivement de la Première Nation Keeseekoowenin, de la Manitoba Inuit Association et de la Manitoba Metis Federation. L’ordre du jour des deux journées de travail faisait en sorte que les participants pouvaient apprendre les uns des autres sur les stratégies antituberculeuses novatrices mises en place dans certaines collectivités. Les activités d’échange des connaissances ont débuté par les gracieux témoignages de Ron Gerard (C.-B.), de Boas Mitsuk (Nunavik) et de William Tagoona (Qc), qui ont eux-mêmes souffert de la tuberculose et de ses effets dans les collectivités autochtones du Nord canadien. Les participants ont entendu des histoires éprouvantes d’enfants autochtones séparés de leur famille – parfois durant des années – en raison des politiques colonisatrices liées aux pensionnats mais aussi aux « hôpitaux autochtones », ces établissements qui isolaient les patients autochtones de leur famille et du reste de la société. Ils ont pu entendre d’autres présentations et d’autres témoignages faits par des responsables de programmes en santé publique et du personnel infirmier de la Sioux Lookout First Nations Health Authority, de la BC First Nations Health Authority, de la Northern Inter-tribal Health Authority (Saskatchewan), de la Inuit Tapirit Kanatami (ITK) et d’autres régions inuites.

Durant les discussions, les participants se sont penchés sur les iniquités systémiques vécues par les populations autochtones et leur rôle dans la perpétuation de la tuberculose. Outre les problèmes d’équité comme la pauvreté, le logement inadéquat, l’insécurité alimentaire et le manque d’accès à des services de santé, l’auto-détermination des Autochtones a constitué un thème récurrent. Isa Wolf, coordonnatrice en matière de maladies transmissibles au sein de la First Nations Health Authority, a décrit l’auto-détermination comme étant un « déterminant de la tuberculose ». Elle a donné des exemples tirés de son expérience des programmes de lutte contre la transmission de la tuberculose qui reposent aussi bien sur les concepts holistiques de mieux-être que sur les modèles de traitements médicaux et de lutte contre les infections. Elle a ajouté que, pour le moment, les stratégies antituberculeuses sont conçues avec « une vision occidentale colonialiste qu’il faut démanteler; il est impossible de guérir la tuberculose sans guérir d’abord les ravages des pensionnats ».

L’éradication de la tuberculose continuera après le forum de faire l’objet d’une attention étroite de la part du CCNMI. Les CCN poursuivront également leurs travaux avec des partenaires de différents horizons en vue de mettre un terme à la tuberculose au Canada. Parmi les partenaires, mentionnons le Canadian Tuberculosis Elimination Network (CTBEN), le Groupe de travail sur la tuberculose, l’Agence de la santé publique du Canada ainsi que les entités responsables des programmes d’éradication de la tuberculose en place dans les provinces et les territoires.

Allez voir les ressources connexes des CCN

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[1] Gallant, V., V. Duvvuri et M. McGuire. (2017). La tuberculose au Canada – Résumé 2015. Relevé des maladies transmissibles au Canada. Vol. 43, no 3, p. 85-91.